L'homo aeconomicus

L'homme n'a pas toujours été considéré comme un animal économique doublé d'une machine à calculer. Ce n'est que dans le cadre et les limites d'une économie de marché généralisée que les motivations de l'action humaine se réduisent aux deux seuls mobiles de la peur de mourir de faim et de l'appât du gain monétaire. Le marché n'est pas un ordre naturel.

Dans toutes les sociétés humaines à l'exception de la société de marché, l'économie reste « encastrée » dans les relations sociales. Les relations entre les hommes passent avant celles avec les choses alors qu'aujourd'hui c'est l'inverse.

Des marchandises fictives

Pour que se forme une véritable économie de marché, systématique, cohérente et d'envergure, il faut que 3 types de biens stratégiques deviennent soumis à la logique de l'échange marchand et soient traités comme des marchandises alors qu'ils n'en sont pas et ne peuvent pas en être (car ils ne sont pas produits, en tout cas pas en vue d'être commercialisé sur un marché) : le travail, la terre et la monnaie (le salaire-la rente-le profit).

Qu'entend-on aujourd'hui par « économique » ?

L'idéologie économiciste (logique d'un idée) résulte d'une erreur conceptuelle, d'un téléscopage de 2 significations du mot « économique ». L'une « substantive » qui parle de la satisfaction des besoins, l'autre « formelle » qui considère l'économie des moyens.

Pour cette dernière, les ressources étant rares, le comportement rationnel consiste à les économiser pour trouver la meilleure adéquation entre les moyens et les fins. L'acception actuelle en fusionnant les 2 sens, sous-entend que le seul moyen de pourvoir à la satisfaction des besoins matériels est de procéder à un calcul coût/avantages systématique. En attribuant à ce concept composite une valeur universelle, elle induit une équivalence entre l'économie humaine et sa forme marchande. Le marché serait la seule forme économique concevable. Comment soutenir qu'il y a quelque chose de faux, d'aliéné dans la réalité des sociétés modernes dès lors que celles-ci se présentent comme notre seule réalité effective?

Sous le calcul, le don

Quelle relation sociale non réifiée qui serait toujours présente sous sa réification, prête à renaître, est-il possible d'invoquer pour l'opposer à titre de modèle normatif, à la réalité du capitalisme ?

Il n'y a de réalité économique que parce qu'il y a en amont une réalité humaine. Ce que les sujets humains veulent voir reconnaître c'est leur capacité à donner et à entrer dans la dimension de la donation, c'est à dire la relation entre des personnes. Etre reconnu pour qui nous sommes et non pas pour ce que nous valons en terme d'efficacité. Pour changer les échanges il nous faut donc invoquer le don, la réciprocité, la gratuité inhérents à la nature humaine. En les mettant à nu tels qu'ils survivent dans nos échanges, nous leur redonnerons leur place pour (re)faire société et remettre l'économie à sa place, enchâssée dans le social.

Annie Vital